13/03/2006

Mot de la fin

12 décembre 2005 - Ségou - Veille du départ

 

- Je suis triste que vous partiez déjà demain. Enfin, c’est comme ça, on ne peut rien y faire. Toutes les bonnes choses ont une fin.

 

- Ne dis pas ça Dolo ! Toutes les bonnes choses n’ont pas OBLIGATOIREMENT une fin… Ce serait terrible. Et puis d’abord, j’ai horreur de cette expression !

 

- Réfléchis, c’est pourtant le cas. Donne-moi un contre exemple, vas-y.

 

- Ben, euh, l’amour par exemple. Celui qu’une mère porte à son enfant. Ca, ça ne se termine jamais.

 

- Même l’amour maternel a une fin, Julie. La mère viendra à disparaître et son amour s’éteindra avec elle.

 

- [Soupir] Elle me déprime ta théorie Dolo.

 

- Pas du tout. Au contraire… Accepte que toutes les bonnes choses aient une fin et tu verras, tu les apprécieras encore plus, encore mieux […]

------- FIN -------

08:40 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |

12/03/2006

Z comme… PoéZie

Muse en rose

 

Emballée de rose comme un bonbon

Elle déambule silencieuse et féline

Comme une ombre, presque une illusion

 

Je croise son regard qui s’assombrit

Comme le petit soir

Hasard d’une rencontre

 

Solitude non partagée par

Les deux mètres d’inconnu

Qui nous séparent

 

Elle est là

Immobile

 

Perchée sur son tabouret

Faisant tinter ses glaçons

Dans son verre au rythme lointain

Du balafon

 

Je pars dans mes rêves insensés

Quand soudain elle se lève

Et disparaît en me laissant en souvenir

Son parfum

Qui comme elle

S’évanouit dans la

Nuit

 

Amadou KONE, Poète

Muse en rose

Tiré du recueil "Epanchements"

 

Amadou KONE est né le 16 avril 1979 à Ségou dans le quartier de Sokalakono ou il réside toujours aujourd’hui [BP 2, Ségou, Mali - Tél. 223 639 69 67]. Atteint de la polio à l’âge de deux ans, il poursuivit cependant une scolarité normale. Il écrivit ses premiers poèmes en 2001.

 

Vif comme l’éclair, il s’approcha de moi dans l’obscurité
et me prit la main, doucement. Ce poème, il me le déclama
depuis son fauteuil roulant. Il me le récita d’une voix chaude,
sans ôter une seule seconde son regard du mien.

09:33 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Y comme… Y aller

- Donne-moi une seule et bonne raison d’y aller, au Mali !
- Pour te souvenir de l’essentiel [...]

09:30 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

10/03/2006

X comme... XX

La femme africaine porte l’Afrique sur ses épaules.

 

C’est elle qui éduque les enfants, travaille dans les champs, va chercher le bois et l’eau [qu’elle transporte ensuite sur sa tête, un bébé dans le dos], prépare les repas, fait la lessive, … Les hommes, eux, ils palabrent !

 

Une discussion dans VoyageForum.com m’a semblé particulièrement révélatrice. Une jeune Française de 27 ans confie être "tombée sous le charme du Mali et vouloir s’y installer définitivement". Elle se décrit comme "travailleuse, dynamique et toujours souriante". Chacun y va alors de son petit conseil et encouragement. Jusqu’à ce que un dénommé franck13 [Sévaré, Mali] intervienne : "Une seule solution, marie toi avec un Dogon. Mais sache qu’il faut aimer piler le mil et toutes les tâches qui les occupent (les femmes) de 6 heures à 22 heures. Si je trouve autre chose, je t’écris." Fin de la discussion !

 

A 32 ans, Dolo est toujours célibataire, fait exceptionnel chez les Dogon. Il nous parle de la femme qu’il aimerait rencontrer et épouser. Elle devra être "jeune, belle, fraîche et respectueuse". "Et intelligente ?". "Oui, et intelligente" me rétorque-t-il sans grande conviction, juste histoire de ne pas me contredire [je ne savais pas encore que seul 39,6% des femmes maliennes savent lire et écrire].

 

Sa femme ou plutôt... sa première femme. Car la polygamie est d’application au Mali. Nombre maximum d’épouses ? Non pas deux… Non pas trois non plus… Quatre ! Quatre femmes, toutes plus jeunes, belles, fraîches et respectueuses les unes que les autres.

 

Et je vous épargne les problèmes liés à l’excision. L’excision féminine, on n’en parle pas au Mali. On fait comme si on n’avait pas entendu la question, les yeux rivés aux parois peinturlurées de la caverne des circoncis de Songo.

 

Le pompon, ce fut tout de même pour moi de découvrir l’existence de cases pour femmes réglées. A la période des règles, les femmes Dogon sont déclarées impures et enfermées à l’écart du village. Attention, je ne parle pas ici d’une tradition séculaire, vieille de plusieurs siècles et abandonnée aujourd’hui. Non, je parle d’une pratique actuelle, que j’ai pu observer sur place.

 

Je sais, il ne faut pas juger la différence. Il ne faut pas juger sans savoir, sans comprendre. Mais là, j’ai franchement du mal. Solidarité féminine sans doute […]

 

A conseiller :
COURANTS DE FEMMES Femmes et initiatives locales de développement
en Afrique de l'Ouest
MUSOW Le magazine des Femmes africianes

10:58 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

09/03/2006

W comme... Web

Les sites web consacrés au Mali sont plutôt rares.
Vous en trouverez quelques-uns dans la colonne de droite, sous l'intitulé "Web".

 

Ma préférence ? Le site officiel du groupe Amadou & Mariam, "le couple aveugle du Mali". Un duo à la ville comme à la scène.

 

Pour vous faire une idée de l'ambiance de Bamako, je vous conseille les clips vidéos de "La réalité", "Senegal fast food", "Beau dimanche" ou "Je pense à toi". Du pur bonheur [...]

 

08:42 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

04/03/2006

V comme… Véracité, authenticité

J’ai une affection toute particulière pour le peuple malien. Ce qui m’a séduit ? L’authenticité de ces gens ! Leur spontanéité. Leur impulsivité.

 

Le plus frappant, c’est leur regard. Franc, direct, pétillant, curieux, jovial, amusé.

 

J’aime aussi leur côté affable et débonnaire. "Y a pas de problème" lançait Dolo à longueur de journée, quelle que soit la situation [même des plus problématiques].

 

Les Maliens, ils touchent ; ils bousculent ; ils [re]demandent ; ils flattent ; ils sourient à pleines dents ; ils offrent ; ils osent ; ils prennent ; ils rient fort et souvent ; ils chantent ; ils dansent ; ils caressent ; ils charment ; ils partagent ; …

 

Sur place, je me suis souvent posé la question de savoir si finalement ils n’étaient pas "dans le bon", eux ! Si, contrairement à nous, ils n’avaient pas su préserver l’essentiel : la collectivité et le bonheur de l’instant. Pendant que notre société occidentale invente le "Cuddle Party" [séances de câlinage permettant de réapprendre le toucher naturel et de renouer avec son propre corps], eux survivent de rien ou presque. Sans psy, sans fengshui, sans Prozac, sans foyer d’accueil. Grâce au groupe.

 

A la question "Crois-tu qu’ils soient plus heureux que nous, riches européens ?", Oras [gentiment moqueur] me répondit : "Le bonheur est une valeur abstraite inventée par les gens malheureux, ils n’en ont que faire du bonheur !" Il avait raison.

 

A Sangha, un artisan Dogon fort sympathique m’a vendu une statuette en bois tendre, d’influence Tellem : "Regarde, il a les bras levés vers le ciel, il demande à être heureux…" Je savais pertinemment qu’il s’agissait d’une statuette Nommo dont la posture symbolise l’imploration de la pluie [et non du bonheur !]. La clairvoyance de cet homme m’amuse encore aujourd’hui, de retour au "pays des merveilles, du froid, de l’argent, de la solitude et du confort" […]

16:40 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

02/03/2006

U comme… Utopique (?)

Utopique : Qui détient de l’utopie, qui est illusoire, chimérique.

 

« Ils examinent avec curiosité l’émotion que certains manifestent parfois devant les maladies, les douleurs, la misère ; et leur horreur à tous face à la cruauté et aux rites sanglants qui font partie de leur culture et de leur histoire. Ils critiquent la faiblesse, l’avidité, la balourdise, le manque de tact et de respect de ses voyageurs venus de loin. Quand ils en ont fini, il leur arrive entre eux d’imiter pour rire leurs gestes, leurs paroles, leur allure. A leurs yeux les Blancs, inventeurs de l’écriture, de la radio, des fusils, des automobiles, des télévisions, des avions, sont des gens riches et puissants. Peut-être pas précisément ceux avec qui ils traitent, en tous cas des membres de leur famille. Il y a par conséquent des choses à en apprendre. Avec un peu de chance, un Blanc qui t’a à la bonne va te raconter ou t’expliquer ceci ou cela. Te laisser ou t’envoyer des photos, des objets ; ou même, tôt ou tard, carrément un billet d’avion et une invitation à passer quelques jours chez lui, au pays des merveilles, du froid, de l’argent, de la solitude et du confort. »

 

Les guérisseurs de la folie, histoires du plateau dogon, Piero Coppo, Collection Les empêcheurs de tourner en rond, page 126.

13:19 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

01/03/2006

T comme... Touaregs

Si il y a bien une chose qui me fascine, ce sont les Touaregs et la société targuia. J’en ai croisé quelques-uns sur place, enrubannés dans leur tiguilmoust. A Mopti principalement où ils viennent vendre leurs plaques de sel. J’ai même acheté à l’un d’eux un passeport Touareg, très beau bijou en argent, ainsi qu’un coffret en cuir.

J’aurais aimé les suivre, ces hommes bleus, jusqu’aux portes du désert, jusqu’à Tombouctou "La mythique"… Tombouctou "La mystérieuse". Pour les regarder s’éloigner puis disparaître par delà les dunes de sable […]

Photo : Globe Transcription - Oras & Sator

09:35 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

27/02/2006

S comme... Ségou

Ségou, c’est la deuxième ville du pays après Bamako.

Ségou, c’est également la capitale de l’ancien empire Bambara.

Ségou, c’est enfin la ville du beurre de karité, bâtie le long du fleuve Niger.

"On pourrait presque passer Ségou sans la remarquer, rester sur le goudron et filer vers Mopti, depuis Bamako."

De Ségou, je n’ai pas de souvenirs précis. Ca doit faire trop longtemps que je suis rentrée du Mali… deux mois exactement… une éternité !

Et pourtant, Ségou n’est pas pour moi un endroit comme les autres. Il y vécut quelque temps, logé à la Mission catholique, avant de rejoindre Sangha et le Pays Dogon […] 

09:34 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

14/02/2006

R comme… Rokia Traoré

R comme Rokia Traoré. Une fabuleuse chanteuse malienne reconnue pour mêler tradition et modernisme.

 

En réalité, ce n’est pas d’elle dont j’aimerais parler, mais d’un autre artiste malien, chanteur et compositeur. Un "Traoré" également… "Boubacar" de son prénom. Le père du blues bambara. Kar Kar comme le surnomment les Maliens, en souvenir de ses talents de footballeur ["kari kari" en bambara signifiant "dribbler"].

 

Début des années 60, juste après l’indépendance : Boubacar Traoré, star de la radio malienne, enregistre "Mali Twist". Chaque matin, les Maliens se réveillent au rythme de cette chanson, devenu symbole d’espoir et de renouveau : Enfants du Mali indépendant, prenons-nous en charge ! Que tous les jeunes Maliens partis à l’étranger reviennent au pays. Enfants du Mali, ensemble, édifions la Patrie. Kar Kar devient célèbre par-delà les frontières du pays.

 

"L’économie dans laquelle il vit est totalement différente de la mienne", écrit Lieve Joris dans son livre dédié à Boubacar Traoré. "Les CD et les cassettes qu’il a enregistrés à l’époque n’ont guère changé son mode de vie. Chez nous, en Europe, il aurait probablement fait carrière : il aurait un imprésario, une villa, une voiture, une vie mouvementée. Mais le monde du showbiz lui est étranger."

 

C’est ce qui plut, entre autres, à l’auteur de Mali Blues, paru en 1996 à l’occasion de la sortie du film de Jacques Sarasin Je chanterai pour toi. Deux documents remarquables que je conseille vivement, tout comme le cd The Best Of Boubacar Traoré, The Bluesman From Mali.

 

"Pas de Mercedes ni de villa aux lustres dorés pour ce bluesman malien, mais une mobylette et une concession dans les collines de Bamako où il vit avec les enfants de Pierrette et où, le soir, il prend sa guitare et chante sur le monde qui l'entoure." Lieve Joris

 

14:07 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

13/02/2006

Q comme... Qualité de vie

Par où commencer ? Soyons concrets, tiens, pour une fois ! Prenons les chiffres officiels de l’Organisation mondiale de la Santé. Je savais que le Mali était l’un des pays les plus pauvres au monde… j’en ai eu la triste confirmation. PIB par habitant ? Ridiculement bas ! Espérance de vie ? Quarante quatre ans pour les hommes, quarante six pour les femmes ! Espérance de vie en bonne santé à la naissance ? Trente sept ans et demi pour les hommes, trente huit ans et demi pour les femmes ! Mortalité infantile ? Comprenez "la probabilité de mourir avant l’âge de 5 ans". 216 pourcents pour les filles, 246 pourcents pour les garçons ! Le pourcentage le plus haut, après Le Sierra Leone, l’Angola, le Niger et le Libéria. Je vous épargne la suite. Vous l’aurez compris, ces indicateurs de santé restent parmi les plus bas au monde. Sans parler du reste : le seuil de pauvreté, le système éducatif, l’accès à l’eau potable, l’assainissement, la malnutrition, le paludisme, les maladies sexuellement transmissibles, … Le tout aggravé par un taux de natalité extrêmement élevé. En 2022, à cette cadence, il y aura au Mali plus de 20 millions d’habitants […]

 

-         Le Mali est au plus mal…

-         Il faudrait qu’on y trouve de l’or ou du pétrole, ça arrangerait beaucoup de choses

-         Du pétrole ? Jamais, nous n’en voulons pas !

-         Pourquoi, ça vous sortirait de la misère. On s’intéresserait enfin à ton pays

-         Le pétrole, ça rend fou ! Ca ne causerait que des problèmes. Notre plus grande richesse, à nous les Maliens, c’est d’avoir la paix […]

15:50 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

06/02/2006

P [bis] comme... Protections

Comme précisé dans mon billet consacré à l’Islam, les cultes animistes sont toujours très actifs au Mali. Pour preuve, les masques, les statuettes, les fétiches, les gris-gris encore bien présents dans le pays tout entier.

 

A propos de fétiches et de gris-gris justement…

 

Bamako, 5 décembre 2005

Dolo et moi-même prenons un taxi depuis les bureaux de Point Afrique pour rejoindre le reste du groupe, déjà attablé au San Toro.

Au bout de trois kilomètres, notre taxi tombe en panne. "Comme toujours…", peste Dolo, "le réservoir était vide !"

Nous restons sur le bord de la route, à attendre que notre chauffeur revienne avec de l’essence.

Je pense alors à ce que le féticheur de Sangha avait prédit à Dolo, l’avant-veille : dans son entourage professionnel, une personne va mourir.

En bonne Occidentale que je suis, je m’inquiète naïvement de savoir s’il y a une personne âgée ou malade dans son équipe. Il sourit. "En Afrique", me répondit-il gentiment, il ne faut pas être vieux ou malade pour mourir… il suffit que quelqu’un te jette un mauvais sort, par l’intermédiaire d’un sorcier. Tout va bien et puis, un jour, tu te réveilles, tu as une douleur soudaine, et tu meurs." Je ris intérieurement mais tente de ne rien laisser paraître de mon scepticisme.

Il continue d’une voix grave : "Les gens sont jaloux ici. Si tu réussis trop bien, si tu es trop chanceux, ils feront tout pour que le malheur s’abatte sur toi et ta famille […] Pour nous protéger du mauvais sort, nous allons régulièrement consulter les féticheurs pour qu’ils nous confectionnent des fétiches […] Personnellement, j’en porte plusieurs autour de la taille, reliés entre eux par un cordon de cuir. Ils ne me quittent jamais […]"

Le retour du chauffeur, un "bidon" d’essence à la main, met brutalement un terme à notre discussion.

 

Retour à Bruxelles

Ce dont m’a parlé Dolo [et que j’ai pris alors pour de simples divagations paranoïaques]… cette jalousie latente… ces mauvais sorts… ces fétiches protecteurs… je le retrouve dans de nombreux ouvrages.

 

"Les Africains sont mauvais, ils se rendent la vie impossible. Quand un Blanc fait une découverte, ses collègues disent : montre un peu, comme c’est intéressant. Lorsqu’il meurt, d’autres essaient de poursuivre son travail. Mais tu sais ce qu’ils font ici ? Ils vont tout de suite chercher un sorcier pour saboter son travail !" [Boubacar Traoré à Lieve Joris dans "Mali Blues"]

 

"Les superstitions animistes coûtent très cher aux africains. Ils perdent beaucoup de temps et de moyens à lutter contre les mauvais sorciers. Ils sacrifient des animaux et se méfient les uns des autres inutilement. Une personne élevée dans ces superstitions ne peut pas comprendre ce que sont les microbes. Elle ne peut donc pas comprendre les règles d’hygiène, qui dont pourtant le levier le plus important de la Santé Publique."

 

Y croire ou ne pas y croire

Personnellement, depuis mes lectures, je regarde le fétiche que m’a vendu un jeune Dogon d’un autre œil. Fétiche pour lequel nous nous sommes, à sa demande, mis à l’écart. "Je l’ai volé" m’a-t-il avoué tremblant, accroupi face à moi dans la poussière et l’obscurité. Les Maliens sont de grands comédiens. J’ai donc joué le jeu et acheté en secret ce "mystérieux gris-gris dérobé à quelque sorcier puissant".

Il repose aujourd’hui dans une boîte, avec les cauris offerts par Dolo, des bijoux, des cailloux et autres souvenirs du Mali.

Je reste toutefois très intriguée par la quasi rage avec laquelle Raoul, mon chartreux, se précipite sur cette boite dès que j’en soulève à peine le couvercle. L’objet en question semble subjuguer l’animal.

Il faudrait tout de même qu’un jour, je me renseigne sur la nature exacte de la masse sombre d’apparence terreuse qui constitue le cœur de ce gris-gris. Quoi que […]

 

 

12:24 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

02/02/2006

P comme... Photos

RECTO

Désolée pour le retard...
Voici quelques photos...
J'espère que le Renard te portera chance...
Amitiés, G.

VERSO

"Conjugons le verbe être
dans un monde qui ne
veut conjuguer que le verbe avoir"

Table de Divination - Féticheur animiste - Sangha - Décembre 2005

14:10 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

30/01/2006

O comme… Ogotemmêli

-         Un chasseur veut vous voir.

-         Il est malade ?

En général, ce sont les malades qui demandent pareille chose, chez les Noirs. Dans tout autre cas, voir un Blanc ne présente aucun intérêt.

-         Non ! Il veut vous vendre une amulette.

-         Laquelle ?

-         Une amulette que vous aviez commandée il y a dix ans, contre les balles.

 

Si vous aimez les belles histoires, vous aimerez le Mali, assurément. Ma préférée porte sur une rencontre… celle entre un ethnologue africaniste et un vieux chasseur aveugle. Le premier est français, le second appartient au peuple dit "des falaises".

 

Marcel Griaule et Ogotemmêli se rencontrent en 1946. L’ethnologue français connaît déjà bien les Dogon qu’il côtoie et étudie depuis 1931, date de son premier séjour dans les falaises de Bandiagara. C’est en effet dans le cadre de la mission Dakar-Djibouti [1931] que des scientifiques européens mettent pour la première fois les pieds à Sangha. Pour l’ethnologie, la découverte est capitale.  

 

En octobre 1946, quinze ans après l’arrivée des Européens sur le sol Dogon, le vieux sage fait venir à lui Marcel Griaule, prétextant une histoire d’amulette. En réalité, Ogotemmêli s’apprête à lui dévoiler les clefs de la cosmogonie Dogon. Pendant trente-trois jours consécutifs, Marcel Griaule se voit initier à l’ensemble des croyances sacrées du système Dogon.

 

Deux ans plus tard, l’intégralité de cet entretien est publiée sous le titre "Dieu d’eau". L’originalité de cet ouvrage ? Il ne s’adresse pas aux seuls initiés mais est abordable par tout un chacun. De par ce fait, Marcel Griaule veut diffuser au maximum la pensée sacrée Dogon, qu’il dit l’égal des mythologies antiques.

 

J’aurais beaucoup aimé parler de tout cela avec notre guide sur place, Dolo, un Dogon pure souche. Malheureusement, je n’ai pris connaissance de ces célèbres "Entretiens" qu’à mon retour du Mali.

 

A première vue, "Dieu d’eau" serait aujourd’hui contesté. Certains prétendent que les Dogons eux-mêmes ne s’y reconnaîtraient pas. Normal, peut-on lire, le savoir ésotérique des Dogon est l’apanage exclusif d’un groupe restreint d’initiés. Tous ne peuvent pas s’y retrouver ! D’autres prétendent que le discours d’Ogotemmêli aurait été déformé ou du moins interprété, européanisé par l’auteur. Il a également été écrit que la doctrine ésotérique transmise par Ogotemmêli à Marcel Griaule ne serait rien d’autre que "de la pure spéculation individuelle".

 

Personnellement, sans rien savoir de l’ethnologie, je trouve ces remises en question a posteriori mesquines. Elles émergent sans doute de scientifiques jaloux, frustrés de n’être pas qualifiés, eux aussi, de "citoyen Dogon".

 

Marcel Griaule mourut prématurément en 1956, à l’âge de 57 ans. Il fut l’un des rares ethnographes à bénéficier de funérailles traditionnelles […]

09:22 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

23/01/2006

N comme... Niger

A force d’entendre Djoliba [que je prenais alors pour un prénom féminin] dans les chansons de Salif Keita, Boubacar Traoré, Ali Farka Touré et bien d’autres… je m’étais imaginé une femme raffinée, douce et désirable. Une Malienne dont tous chanteraient la grâce et la beauté.

 

Je me trompais. Djoliba en langue Bambara signifie le "Fleuve rouge" et désigne affectueusement le Niger, le troisième plus grand fleuve du continent africain avec une longueur de 4180 km.

 

Le Niger prend sa source dans le sud de la Guinée. Il traverse ensuite le Mali, le Bénin, le Niger et le Nigéria avant de se jeter dans l’océan Atlantique.

 

Au Mali, qu’il traverse d’Ouest en Est sur 1750 km, Djoliba est plus qu’une voie de communication. Le "grand fleuve" constitue une véritable artère nourricière, souvent la principale source de vie pour les populations locales […]

 

11:42 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

18/01/2006

M comme… Mopti

La réalité est subjective.

Mopti par exemple [...]

 

Une autre que moi vous aurait précisé que Mopti est un carrefour fluvial situé à 640 km de Bamako, au confluent du Bani et du Niger. Une autre encore aurait fait référence à ses fondateurs, les Bozos, surnommés "les maîtres pêcheurs". Une troisième aurait sans doute évoqué l’activité impressionnante du port, les pinasses pleines à craquer ; les plaques de sel en provenance de Tombouctou ; les marchandises hétéroclites allant de la calebasse aux poissons du fleuve ; … Une dernière vous aurait très certainement cité ce passage d’Amkoullel, l’enfant peul : "Mopti est surnommé La Venise du Soudan : toutes ses activités sont plus ou moins liées à la vie du fleuve et au rythme de ses crues. Les Bozos fabriquent à la main ces longues et merveilleuses pirogues que l’on voit fendre silencieusement les eaux et dont certaines sont capables de transporter des tonnes de marchandises." [Amkoullel, l’enfant peul, A l’école des blancs, Mémoires (I), Amadou Hampâté Bâ, BABEL, page 357]

 

Et bien moi… non ! Tout simplement parce que mon souvenir de Mopti se résume à 5 lettres : F A N T A.

 

Je l’ai aperçue à notre arrivée au Bar Bozo. Une horde de vendeurs ambulants nous y attendait. Parmi eux, une jeune femme, 15 ans tout au plus, qui n’hésitait pas à jouer des coudes pour approcher les "richissimes toubabs". D’un geste nerveux, elle se poste devant moi et me tend deux bracelets : "10.000 francs pièce !" me lance-t-elle, arrogante. Je lui ris au nez, amusée par le prix astronomique demandé. Elle s’étonne de ma réaction et, après quelques secondes, rit à son tour : "Tu es gentille !" s’exclame-t-elle.

 

Tout le reste de la journée, des vendeurs ambulants m’accostèrent en me demandant si c’était bien moi, la "copine de Fanta". Je répondais alors "Oui", fièrement, en pensant à celle dont je portais le bracelet au poignet droit […]

13:39 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

16/01/2006

L comme... Limitrophe

Voici plusieurs semaines que je vous parle du Mali et j’en oublie le b.a.-ba : sa situation géographique. Où se trouve le Mali ? Quels en sont les pays limitrophes ?

 

Voyons voir… Prenons une carte sous les yeux si vous le voulez bien.

 

 

La république du Mali [d’une superficie de 1 240 000 km2 pour +/- 11 000 000 d’habitants] est bordée à l’Ouest par le Sénégal et la Mauritanie, au Nord par l’Algérie, à l’Est par le Niger et au Sud par la Guinée, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. Totalement enclavé au cœur de l’Ouest africain, le pays est occupé à 65% par le désert et n’a pas d’accès direct à la mer.

 

Bon, ok, certains d’entre vous doivent sourire à la lecture de ce petit cours ex cathedra. Non pas que je vous prenne pour des imbéciles [rassurez-vous] mais lorsque évoquer le Mali revient le plus souvent à devoir repréciser "Non, pas Bali… le Mali !", je me dis que ces quelques lignes ne sont peut-être pas totalement inutiles ;)

12:39 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/01/2006

K comme… Keita, Salif

Il était une fois un albinos, né au Mali, sur les rives du fleuve Niger.

 

Rendez-vous compte ! Un enfant noir à la peau blanche ! Le gamin est montré du doigt, renié. Par son père dans un premier temps, par le village tout entier ensuite. On l’exclut car, en Afrique, l’albinisme est synonyme de mauvais présage.

 

Et le sort s’acharne. L’adolescent veut devenir instituteur. Il réussit brillamment ses études mais est déclaré inapte en raison d’un problème de vue.

 

Il décide alors de se tourner vers la musique. Là non plus, pas de bol ! Au Mali, chanter est l’apanage exclusif des griots, caste de musiciens de père en fils. Or, le jeune adulte, descendant de l’empereur Soundiata Keita, est issu d’une lignée princière. Sa caste le rejette.

 

Etc., Etc., Etc.

 

La suite est du même acabit. Jusqu’à ce que, en 1968, celui qu’on surnommera un jour "Le prince" décide de quitter son village pour s’installer à Bamako. La roue tourne ! Des cabarets de la capitale, il passe aux orchestres avant de rejoindre "Les Ambassadeurs".

 

En 1978, le groupe s’installe à Abidjan et y enregistre son premier album, "Mandjou". Suit New York. Mais surtout Angoulême, en 1984, et son festival de musiques métisses. C’est là que la France découvrira, pour la première fois, Salif Keita. Celui qui, pour s’arracher à la solitude, aurait appris tout jeune à imiter le chant des oiseaux … d’où son timbre de voix chaud et singulier.

 

Aujourd’hui, après une carrière aux Etats-Unis et en Europe, le prince mandingue est de retour dans son pays natal.

 

Son dernier album, M’Bemba, a été enregistré à Bamako, sur les rives du fleuve Niger […]

 

10:42 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

09/01/2006

J comme… Jovial

"Que pourrait nous apporter l’Afrique ?" a-t-on un jour demandé à Amadou Hampâté Bâ. Celui-ci répondit : "Le rire que vous avez perdu" […]

 

Une expérience n’est pas l’autre, nous sommes bien d’accord sur ce point. Je me souviens par exemple de ce quinquagénaire fransquillonnant venu me confier à l’oreille : "Que les gens sont peu souriants dans ce pays !" Je n’ai pas osé lui avouer que, moi non plus, à leur place, je n’aurais pas très envie de lui sourire !

 

Personnellement, j’ai trouvé les Maliens non seulement souriants mais également drôles, malicieux et rieurs. Ca va des enfants [hilares lorsque vous entonnez – à l’abri des regards indiscrets – "un petit poisson, un petit oiseau, s’aimaient d’amour teeeeeeendre"] ; aux vendeurs [qui perdent tout sérieux une fois que vous vous approchez à moins de 3 centimètres et leur lancez allègrement, nez contre nez : "NON MERCI"].

 

Pour la petite histoire, je revois encore ce Malien d’une cinquantaine d’années se précipiter joyeusement sur moi : "Oh ça fait longtemps… comment ça va ?". Vraisemblablement, l’homme en question semblait très ému de me "revoir" et communiquait son enthousiasme à grand renfort d’accolades et de franches poignées de main. Ne sachant pas s’il s’agissait d’une plaisanterie ou d’une méprise, je décidai – compte tenu de l’exaltation de ce sympathique monsieur – de jouer le jeu. A mon grand bonheur !

 

Avec les femmes maliennes, c’est plus complexe [du moins ça l’a été en ce qui me concerne]. Elles feignent l’indifférence, se montrent distantes, méfiantes … parfois même dédaigneuses, voire agressives. Mais souriez-leur avec sincérité et elles vous souriront en retour, assurément. Et pas un sourire de convenance, mécanique et terne, comme on peut en voir chez nous. Non… un sourire vrai, spontané et rayonnant.

 

Ce n’est toutefois pas une raison pour tout se permettre ! Je l’ai expérimenté à mes dépens lorsque, pour me débarrasser d’un groupe de marchands ambulants, j’ai déclaré à la cantonade "ne rien pouvoir leur acheter car j’étais pauvre" [phrasé maladroit pour dire "je n’ai quasi plus de cash et il ne me sera pas possible de retirer de l’argent avant notre arrivée à Bamako", ce qui était vrai]. Quelle idiote ! A cet instant précis, j’ai compris que la jovialité malienne se méritait… qu’elle avait « un prix »… le respect !









12:12 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/01/2006

I comme… Islam

J’ai eu Dolo en ligne. Ca me fait toujours très plaisir d’avoir de ses nouvelles… Il me parle de la fête du mouton qui aura lieu à Bamako dans quelques jours. Le 10 janvier plus exactement. "Une belle et grande fête" précise-t-il.

Comme beaucoup d’autres Maliens, Dolo est à la fois musulman et animiste. Il fait cohabiter harmonieusement la culture islamique, adoptée lors de ses années d’étude à Bamako, et les croyances séculaires Dogon, enseignées par ses ancêtres.

Au Mali, l’Islam touche 80 % de la population. Il s’agit d’un Islam modéré et tolérant. Un Islam doux, tout en rondeur… à l’image des mosquées du pays [...]







09:20 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

05/01/2006

H comme… Hampâté Bâ

"En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle". C’est ce qu’affirma Amadou Hampâté Bâ à la tribune de l’UNESCO, où il siégea comme membre du conseil exécutif entre 1960 et 1968. Une formule, aujourd’hui célèbre, qui devait rappeler la fragilité des civilisations de l’oralité.

 

La tradition orale… Voici ce à quoi Amadou Hampâté Bâ consacra sa vie, de 1900 à 1991. A propos de son pays d’origine, le Mali, il aimait répéter : "La plus grande partie du patrimoine culturel malien est fondée sur la puissance et la beauté de la Parole".

 

Auteur de divers ouvrages consacrés à la tradition et aux civilisations africaines, cet "enfant peul" né à Bandiagara est plus connu auprès du grand public pour ses livres de Mémoires intitulés "Amkoullel" [tome I, 1991] et "Oui mon commandant" [tome 2, 1994].

 

Classer l’œuvre d’Amadou Hampâté Bâ ? Impossible ! Lui-même disait "ne pas pouvoir se définir" et se qualifiait à la fois de religieux, de poète, de traditionaliste, d’initié aux sciences secrètes peules et bambara, d’historien, de linguiste, d’ethnologue, de sociologue, de théologien, de mystique musulman, ... 

 

Alors, d’autres le définirent à sa place et lui cherchèrent un surnom. Ils l’appelèrent … Le sage d’Afrique.

 

 

Quelques citations d’Amadou Hampâté Bâ 

 

"A chaque fois que mon existence commençait à s’engager sur une belle voie bien droite, le destin semblait s’amuser à lui donner une chiquenaude pour la faire basculer dans une direction totalement opposée, faisant régulièrement alterner des périodes de chance et de malchance."

Amkoullel, l’enfant peul, A l’école des blancs, Mémoires (I), Amadou Hampâté Bâ, BABEL, page 307

 

"Je suis un diplômé de la grande université de la Parole enseignée à l’ombre des baobabs."

 

"Toute ma vie, me suis cherché sans me trouver. Je ne saurais me définir moi-même."

 

"Certaines vérités nous paraissent invraisemblables, tout simplement parce que notre connaissance ne les atteint pas."

 

"On ne peut ni mourir avant l’heure, ni ne pas mourir quand l’heure sonne. Alors, pourquoi avoir peur ?"

 

"Ce que l’Afrique peut vous apporter ? Le rire que vous avez perdu."


09:44 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

03/01/2006

G comme... Greniers

Les Dogons, l’une des plus anciennes populations d’Afrique noire… Une ethnie réputée, entre autres, pour son architecture et plus spécifiquement pour ses greniers à mil. Des greniers sur pilotis, reconnaissables par leur porte et serrure en bois sculpté ainsi que par leur toit en chaume de forme arrondie.


Surnommé le Joyau du tourisme malien, le Pays Dogon est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO… tout comme Djenné, le Joyau de la vallée du Niger et Tombouctou, La Mystérieuse. Les villages Dogon se répartissent sur le site des falaises de Bandiagara, dans la région de Mopti. Les Dogons, peuple de cultivateurs, se seraient installés là dans le courant du XVe siècle afin de fuir les Peuls et l’islamisation [succédant ainsi aux Tellem dont ils continuent à utiliser les anciennes habitations troglodytes comme cimetière].



Ceux que l’on surnomme "le peuple des falaises" sont également réputés pour leur organisation sociale extrêmement élaborée ; leurs mythes et légendes ; leur artisanat ; leur cosmogonie ; leur culte des âmes/ancêtres [allant de paire avec l’institution des masques, dont le plus connu est le KANAGA – représentation des éléments terre, ciel et eau] ; … Un univers complexe dans lequel ne pénètrent que les initiés.


 

Aujourd’hui, le Pays Dogon est devenu la première région touristique, non seulement du Mali mais de toute l’Afrique de l’Ouest ! "Accourus des grandes villes sans cœur, s’évadant des fourmilières anonymes, les touristes viennent au Pays Dogon par milliers pour palper non seulement les pans vivants du passé de l’humanité gommés définitivement chez eux par la civilisation industrielle. Mais aussi pour s’imprégner de cette culture tout en équilibre, capable par là même de les réconcilier avec eux-mêmes. Car la société des Dogons dispense des leçons irremplaçables aux sociétés en perte de vitesse sur le plan de l’humanité." Source : http://www.le-mali.com.



 

Un pouvoir d’attraction qui ne semble pas faire l’unanimité. C’est ainsi que l’on peut lire, dans l’un des meilleurs guides francophones publiés sur le Mali : "En vingt ans, nous autres Blancs avons fait des Dogon des enfants gâtés, dans le sens africain du terme, à savoir abîmés, cassés. Le pays Dogon tout entier est en train de se diluer dans une sorte de tableau sans saveur, une espèce de Dogonland, sans Mickey, où chaque village y va de son petit festival des masques."

 

G comme Greniers. Mais également comme Gâtés... ou pas ! Je vous laisse seuls juges.

 

 

Pour en savoir plus :

  • "La mythologie Dogon", Claude Helft
  • "Dieu d’eau", Marcel Griaule
  • "Masques Dogons", Marcel Griaule
  • "Les Dogon", Germaine Dieterlen
  • "Les cahiers Dogon", Antonin Potovski

12:27 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/01/2006

F comme... Féticheurs

Il y a des expériences, des sensations que l’on n’oublie jamais. C’est ce que j’appelle des "souvenirs de vie". Parmi ceux-ci, ma rencontre avec un féticheur animiste, à Sangha [Bandiagara].

 

Tout est parti d’une discussion à première vue banale, comme celles que l’on peut avoir devant une brochette de "capitaine", après 3 heures de "route" [sous 40°].

 

De fil en aiguille, Dolo et moi-même, en venons à parler des croyances séculaires, de l’Afrique mystique, du rôle des devins, de la différence entre un marabout et un féticheur [disons, pour faire court, que le marabout est à l’Islam ce que le féticheur est à l’animisme], …

 

Il m’explique alors que les féticheurs animistes utilisent ce qu’on appelle des "tables de divinations" : sur une surface de sable, ils tracent une table, en fonction des questions posées, et disposent par-dessus des cailloux, des brindilles, … La nuit, le renard vient et "marque" la table de divination. En fonction des empreintes laissées par celui-ci et le déplacement des brindilles, le féticheur donne une réponse aux questions posées. Le tout, à grand renfort d’offrandes et de sacrifices.

 

Grâce à Dolo, je devais l’expérimenter personnellement quelques jours plus tard… bravant ainsi l’incrédulité [pour ne pas dire l’hilarité] générale de mes petits compagnons de route, totalement hermétiques à ce qu’ils considéraient comme [je cite] de "la foutaise à deux balles". Peu importe ! L’expérience, dans sa globalité, fut mémorable.

 

Les prédictions du féticheur animiste ? Elles sont notées, précieusement, quelque part... N’en déplaise aux esprits cartésiens ;)

12:00 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (18) |  Facebook |

30/12/2005

E comme… Enfants

"Donne-moi le bidon !", "Donne-moi le bic !", "Donne-moi le bonbon !", "Donne-moi le cadeau !", … Certains touristes ne retiendront que ça des enfants maliens. Et pourtant […]

 

Ma première impression fut de la tristesse, un sentiment d’impuissance face à la misère de ces gamins qui courent pieds nus dans la poussière et les cailloux, vêtus d’une loque dont la ménagère occidentale [moi en premier !] ne voudrait même pas pour nettoyer.



 

Ma seconde impression fut toute autre. Leur sincérité… Leur sourire… Un sourire généreux. Un rire franc. Un regard lumineux, pétillant et intense qui fait réfléchir. La fierté avec laquelle ils vous tendent leur adresse griffonnée sur un bout de papier, l’enthousiasme avec lequel ils pointent du doigt leur école, la spontanéité avec laquelle ils vous énoncent leur prénom.

 




 

Oh, je sais que la plupart attendent quelque chose en retour, je sais qu’il serait naïf de penser qu’ils s’intéressent à vous uniquement par altruisme. Mais ne pouvons-nous pas en dire autant de nos enfants européens, passés maîtres dans l'art de la séduction/manipulation dans un seul but : recevoir ; recevoir toujours plus.

 

Et puis, n’est-ce pas un peu notre faute si ces enfants réclament ? "Donne-moi le bidon !", "Donne-moi le bic !", "Donne-moi le bonbon !", "Donne-moi le cadeau !", … Qui a créé le besoin ? A qui faisons-nous réellement plaisir en lançant des poignées de bonbons comme on lancerait du maïs aux animaux ? Des bonbons lancés bien loin… pour ne prendre aucun risque… et histoire de faire quelques jolis clichés au passage.

 

Au Mali, j’y suis allée sans rien ou presque. Pas par choix, ni conviction, mais par un [heureux] hasard qui fit que ma valise fut égarée à mon arrivée à Bamako. Je n’avais donc rien à donner et, pourtant, les enfants sont venus vers moi, m’ont souri, m’ont pris la main. Juste comme ça, par amusement, par curiosité, par attrait de la différence. Je lançais alors à la cantonade, en guise de salutations : "J’ai pas de bidon !", "J’ai pas de bic !", "J’ai pas de bonbon !", "J’ai pas de cadeau !". Certains partaient alors vers des horizons plus fastes… d’autres restaient malgré tout et nous nous promenions, comme ça. Juste comme ça […]





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29/12/2005

D comme… Djenné

Djenné, ville entièrement construite en banco [terre et paille hachée additionnées de beurre de karité] et surnommée "le joyau de la vallée du Niger". Un joyau qui, pour la petite histoire, vient juste d’être électrifié et muni d’eau courante !

 

Inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1988, Djenné est célèbre pour sa mosquée aux cent piliers… la plus grande structure en terre du monde [reconstruite en 1906].

 

Mais Djenné, c’est également "La Mecque" du Mali ! LE lieu saint par excellence. Il n’est donc pas étonnant d’y croiser des groupes d’enfants occupés à mémoriser les versets du Coran à l’aide de tablettes en bois. La ville compte en effet une quarantaine d’écoles coraniques réputées à travers tout le pays.

 

Djenné est d’autant plus étonnant pour nous, Occidentaux, que cette ville semble tout droit… sortie de terre. Un décor en carton-pâte qui est pourtant bel et bien réel. La grande mosquée par exemple peut accueillir jusqu’à 50.000 fidèles !

 

Et puis, il y a tout le reste… Le campement-hôtel de Djenné [qui n’a d’hôtel que le nom] ; les coupures d’électricité ; les déménagements à la bougie ; les relents nauséabonds; les moustiquaires poussiéreux ; la fabrique de bogolans et son imposante Présidente ; les murs branlants qu’il est interdit de toucher sous peine d’amende [10.000 euros !] ; le marché des femmes, grouillant, coloré, odorant et bruyant ; le lait de chèvre offert aux enfants ; … et puis, partout, dans ce dédale de ruelles moyenâgeuses, Salif Keita qui chante "Tu vas me manquer mon amour" […]







15:23 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

C comme… Ca va ?

« Ca va ?

Ca va bien, merci… Et vous, ça va ?

Ca va, merci.

Et la famille, ça va ?

Ca va bien, merci.

Et la santé, ça va ?

Ca va bien, merci… Et vous, la santé, ça va ? »

 

Attendez vous à répéter ce rituel à longueur de journée. En effet, les Maliens aiment se saluer. Hommes, femmes, enfants, vieillards, … tous vous demanderont inlassablement, où que vous vous trouviez : "Ca va ?", agrémenté le plus souvent d’une franche poignée de main et d’un sourire jovial.

 

Etonnés dans un premier temps, vous prendrez vite goût à ce cérémonial et vous surprendrez même à lancer spontanément, au plus parfait des inconnus, un "Ca va ?" chantant et cordial [avec insistance sur le "a" du "va", à la manière des Maliens].

 

Autant vous le dire tout de suite, au retour, c’est le contre coup assuré ! Il vous faudra en effet un bon moment pour vous réacclimater à l’indifférence générale…

 

Mais au fait, et vous, ça va ?



09:36 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

28/12/2005

B comme… Bogolan

Arrêt obligé à Bamako : le Musée national du Mali, 2ème plus grand musée du continent après celui d’Afrique du Sud.

 

Vous y découvrirez de nombreuses pièces intéressantes parmi lesquelles une très belle collection de bogolans.

 

Le bogolan [littéralement "l’empreinte de la terre" en langue Bambara] est le nom donné au tissu traditionnel, devenu symbole de l’identité malienne. Il s’agit d’une étoffe tissée à la main, teintée par un mélange de décoctions de plantes et d’une terre riche en oxyde de fer. D’où les tons blanc, noir, ocre et marron.

 

Initialement utilisé pour la confection des vêtements, le bogolan peut aussi être conservé tel quel, sans découpe, et servir à la décoration.

 

Le prix moyen d’un bogolan [1 mètre 50 sur 2 mètres 50] varie, pour les touristes que nous sommes, entre 10.000 et 20.000 francs CFA. Prix après négociations !

 

On trouve également au Mali des "indigos", étoffes tissées à la main de couleur bleue, avec ou sans motifs.

 

La teinture est différente de celle utilisée pour les bogolans. L’indigo, dont les Touaregs se servent pour teindre leurs vêtements, est tiré de l’indigotier. Très joli au teint mais déconseillé à nous les "toubabs" dont la peau claire s’agrémente assez mal de la décoloration bleutée de la teinture indigo ;)


11:58 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

23/12/2005

A comme… Arrivée

Que faut-il pour entrer au Mali ? Un passeport en cours de validité [valable six mois après la date du retour], un visa délivré par le Consulat du Mali dans le pays de résidence [30 euros environ] et un certificat international de vaccination contre la fièvre jaune.

 

Un traitement anti-paludéen préventif est également conseillé [Nivaquine, Lariam, Malarone, …], surtout si vous séjournez aux abords du fleuve.

 

Si c’est votre premier séjour en Afrique, n’oubliez pas de prévoir dans votre budget les frais de vaccination, entre 100 et 150 euros.

 

A quoi vous ajouterez les sempiternels coûts "Imodium, Motilium et autres Ercéfuryl"… une valeur sûre !

 

La monnaie locale est le franc CFA [100 CFA = 0,15 euros]. N’espérez pas retirer de l’argent sur place, si ce n’est à l’unique distributeur automatique de Bamako ! L’idéal est d’emporter des euros et de les changer en francs CFA au début de votre voyage. Des euros en suffisance si, comme moi, vous êtes fan de l’artisanat malien ;)

 

Généralement, l’arrivée se fait via la capitale, Bamako, littéralement "le marais aux caïmans" [également possibilité d’atterrir à Mopti ou Gao].

 

Mais déjà dans l’avion, pour peu que vous choisissiez un vol charter affrété par Point Afrique, c’est le Mali tout entier qui s’offre à vous : cacophonie, boubous, tissus chamarrés, palabres, marmaille, …

 

Si votre voisin est malien, il y a beaucoup de chance pour qu’il vous adresse gentiment la parole dans un délai de 3 minutes après le décollage. Par curiosité mais également histoire de bavarder un peu, loisir préféré des Maliens. Profitez-en pour le questionner sur son pays. Il vous répondra généralement avec plaisir… à grand renfort de sourires généreux et d’anecdotes savoureuses.

 

Une fois arrivé, c’est le dépaysement garanti. A moins de six heures de vol de Paris, vous vous retrouvez nez à nez avec Bamako. Bamako la turbulente… Bamako la colorée.

 

Personnellement, j’y ai retrouvé le capharnaüm de Delhi, son brouhaha, son effervescence, ses contrastes. Les étoffes élégantes des femmes maliennes côtoient les gaz d’échappement, les routes en terre rouge, la poussière, le bétail. Comme en Inde, aucun sens n’est épargné.

 

A comme… Arrivée. Bienvenue à Bamako, "la plus authentique des capitales africaines" !


10:46 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |