30/01/2006

O comme… Ogotemmêli

-         Un chasseur veut vous voir.

-         Il est malade ?

En général, ce sont les malades qui demandent pareille chose, chez les Noirs. Dans tout autre cas, voir un Blanc ne présente aucun intérêt.

-         Non ! Il veut vous vendre une amulette.

-         Laquelle ?

-         Une amulette que vous aviez commandée il y a dix ans, contre les balles.

 

Si vous aimez les belles histoires, vous aimerez le Mali, assurément. Ma préférée porte sur une rencontre… celle entre un ethnologue africaniste et un vieux chasseur aveugle. Le premier est français, le second appartient au peuple dit "des falaises".

 

Marcel Griaule et Ogotemmêli se rencontrent en 1946. L’ethnologue français connaît déjà bien les Dogon qu’il côtoie et étudie depuis 1931, date de son premier séjour dans les falaises de Bandiagara. C’est en effet dans le cadre de la mission Dakar-Djibouti [1931] que des scientifiques européens mettent pour la première fois les pieds à Sangha. Pour l’ethnologie, la découverte est capitale.  

 

En octobre 1946, quinze ans après l’arrivée des Européens sur le sol Dogon, le vieux sage fait venir à lui Marcel Griaule, prétextant une histoire d’amulette. En réalité, Ogotemmêli s’apprête à lui dévoiler les clefs de la cosmogonie Dogon. Pendant trente-trois jours consécutifs, Marcel Griaule se voit initier à l’ensemble des croyances sacrées du système Dogon.

 

Deux ans plus tard, l’intégralité de cet entretien est publiée sous le titre "Dieu d’eau". L’originalité de cet ouvrage ? Il ne s’adresse pas aux seuls initiés mais est abordable par tout un chacun. De par ce fait, Marcel Griaule veut diffuser au maximum la pensée sacrée Dogon, qu’il dit l’égal des mythologies antiques.

 

J’aurais beaucoup aimé parler de tout cela avec notre guide sur place, Dolo, un Dogon pure souche. Malheureusement, je n’ai pris connaissance de ces célèbres "Entretiens" qu’à mon retour du Mali.

 

A première vue, "Dieu d’eau" serait aujourd’hui contesté. Certains prétendent que les Dogons eux-mêmes ne s’y reconnaîtraient pas. Normal, peut-on lire, le savoir ésotérique des Dogon est l’apanage exclusif d’un groupe restreint d’initiés. Tous ne peuvent pas s’y retrouver ! D’autres prétendent que le discours d’Ogotemmêli aurait été déformé ou du moins interprété, européanisé par l’auteur. Il a également été écrit que la doctrine ésotérique transmise par Ogotemmêli à Marcel Griaule ne serait rien d’autre que "de la pure spéculation individuelle".

 

Personnellement, sans rien savoir de l’ethnologie, je trouve ces remises en question a posteriori mesquines. Elles émergent sans doute de scientifiques jaloux, frustrés de n’être pas qualifiés, eux aussi, de "citoyen Dogon".

 

Marcel Griaule mourut prématurément en 1956, à l’âge de 57 ans. Il fut l’un des rares ethnographes à bénéficier de funérailles traditionnelles […]

09:22 Écrit par Julie O | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

passion ... belle histoire...
BRAVO pour LES NOIX DE COCO QUI DONNE LEUR LAIT BLANC AUX ENFANTS NOIR...
(mais est ce qu'il est bête ce ORAS ????????????????
:-(

Écrit par : oras | 04/02/2006

Les commentaires sont fermés.